GR-20 Nord - jour 1 | CALENZANA - ALTORE

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Le départ
Le temps de tester la machine est venu. Voir ou sont mes limites physiques aujourd’hui et si je suis encore capable de « donner » un peu. Les accidents récents m’ont démoli quand même un brin : plus de ligaments croisés au genou droit, un tiroir après la fracture de Segond, cheville gauche massacrée l’an dernier (double fracture avec déplacement, arrachement de ligaments et déboîtement de l’articulation, boulons retirés en décembre dernier).
En face : Monte Corona et refuge Ortu di Piobbu
J’espère tout de même pouvoir tirer un peu dessus, enfin ma tête me dit que je suis prêt. C’est parti ! Je me donne 4 jours pour faire le GR-20, partie Nord. Un parcours qui en demande le double normalement. Cela n’a rien de spécial du tout. Fréquemment les gens parcourent la totalité du GR-20 (15 étapes) en 4 jours et le
ORTU di PIOBBU  - départ pour CAROZZU
record de la traversée non-stop, détenu par Piero Santucci est de 36H53’. De plus, il y a huit ans, je l’ai fait entier en 6 jours avec un sac à 20kg - en autonomie. Mais vu le contexte - je serais bien content d’y arriver. Je ne pratique plus la course à pied depuis le Août 2005. Et même si je marche en montagne, fais du vélo et essaie de m’entretenir comme je peux - c’est plus pareil.
Je démarre assez tard - un peu avant 08H00
Descente sur CAROZZU
de CALENZANA. A 11H30 je suis à ORTU di PIOBBU. Marie et Jean-Pierre, les gardiens, m’offrent un thé ( Merci ! ) J’ai aussi la chance de croiser au refuge un très bon ostéopathe qui me remets le genou et la cheville en place ( Merci ! ). A midi et demi je pars pour l’étape suivante. La montée et la traversée du cirque se passent bien, mais dans la descente depuis le col d’Inomminata je suis long, long.... Piero Griscelli, guide et gardien de CAROZZU
Sous le col de Muvrella
me réconforte à coup de thé vert, gâteaux à la farine de châtaigne et des boissons sucrés ( Merci ! ). Il me confirme aussi, ce que je sais déjà - partir avec un sac à 12 kg - trop lourd pour aller vite confortablement - était une connerie.. Je tenais à prendre le matériel de bivouac en cas ou trop cassé pour arriver au refuge - je dormirais en cours de route. Il m’encourage aussi à tenir bon jusqu’au refuge de TIGHJETTU. Ce que j’espère de faire. Partis à 16H30 - je m’arrête au lac de Muvrella( bien rempli cette année ! ).
La vue depuis la crête entre Muvrella et Stranciaccone - le vrais GR
La fatigue est là. Je mange des sandwiches ( Merci Janka ! ) et repars à travers le névé sous la « tête d’indian ». A 18H15 je traverse le col de Muvrella. Pas question de descendre au fond de la vallée sur le refuge d’ASCU STAGNU. D’abord : perte de temps inutile, ensuite le vrai GR-20 (la ligne de partage des eaux), tel qu’il a été tracé par Fabrikant - passe par les crêtes, enfin la vue que l’on a d’ici - est imprenable. On m’approchant de Stranciaccone et Missoghja je croise des mouflons.
La face Nord de Monte Cinto et ses voisins
Je profite aussi de la lumière du couchant pour prendre quelques images du cirque de Monte Cinto - et alentours – splendide ! C’est en descendant l’éboulis sous Missoghja que je m’aperçois - que mes batteries sont à plat. Je n'avance plus. La nuit commence à tomber. Je vois la mer de nuages avancer sur la haute vallée d’Asco. Pour mon réconfort - je croise de dizaines de mouflons descendus boire. Les mères avec de petits m’observent et laissent s’approcher à quelques dizaines de mètres. J’essaie en vain de les prendre en photo.
Vue sur le Pic Von Cube et le col Perdu
Le mini-compact est trop faible avec peu de lumière qui reste. Je lève la tête vers bocca Tumasginesca (col Perdu sur les cartes IGN) et décide de bivouaquer en dessous, sur le site d’ancien refuge d’Altore - brulé autrefois par la foudre. Tout autour - il y a encore de grands névés et ça n’est pas la grande chaleur. Je fous parterre une couverture de survie, avec par-dessus mon sac de couchage avec son sur-sac en Gore-Tex et un tapis de sol gonflable entre les deux. Tout en me disant, que j’aurais
Mer des nuages sur la haute vallée de Asco
mieux fait d’emporter une bonne lampe frontale au lieu de trimbaler tout ce barda.. Je suis tellement vidé qu’en montant j’ai eu froid aux mains. A présent je m’enferme dans le cocon en attendant que ça se réchauffe. Au bout de 30 minutes j’écoute toujours le ruisseau, et j’ai toujours les mains (et les pieds maintenant aussi) - gelés. Je maudis mon sac de couchage avant de m’endormir. Je dors mal, en grelottant et me réveillant par intermittence toutes les demi-heures. A partir de 04H00 - je ne dors plus, j’attends le lever du jour pour tout plier -
Site d'Altore - bivouac
et repartir. Le tout en maudissant mon matériel de bivouac. Ce n’est que plus tard dans la journée, lorsque mon cerveau mieux oxygéné m’apporte la réponse. Ca n’est pas le matos du bivouac qui était en cause. Simplement, en état d’hypoglycémie - je ne chauffais plus. Aussi simple qu’incommodant.

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